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Obazine et ses granges les 6 et 7 octobre 2018

Départ pour le canal des moines 6 octobre 2018 photo CeR

Nous étions 22 participants à ces deux journées de visite à l’abbaye d’Obazine les 6 et 7 Octobre 2018, heureux de nous retrouver sur la place du village,  après  un réveil matinal et une longue route.

C’est sous un soleil radieux que sous la conduite d’une jeune guide de l’office de tourisme, nous sommes partis découvrir le canal des moines, réalisé à la fin du XIIème siècle par les moines cisterciens pour alimenter le monastère en eau courante ; ouvrage d’art et de technique exceptionnel, classé au titre des monuments historiques depuis 1966. Epousant tous les contours du versant rocheux et escarpé du Coyroux, ce canal de 2 km avec une pente à 0,5%, constitue un vrai défi et témoigne de la grande audace des moines pour contourner les obstacles naturels et enjamber les précipices. En suivant le chemin digue qui longe le canal surplombant parfois des à pics de plus de 40 m, après avoir admiré le passage du canal à travers la brèche de Saint Etienne nous sommes arrivés à la prise d’eau sur le Coyroux avant de redescendre tranquillement en suivant le fil de l’eau…

La très confortable halte à l’hôtel de la Tour autour d’un excellent repas nous a permis de retrouver des forces pour l’après midi.

L’église abbatiale de la deuxième moitié du XIIème siècle mesurait 80 m et possédait 9 travées. Le bâtiment fragilisé a été amputé de 6 travées au milieu du XVIIIème siècle. Les trois travées qui restent  composent la nef qui a un vaisseau central et deux bas côtés. Le transept est particulièrement imposant ; chacun des deux bras est équipé à l’est de trois chapelles à chevet plat. La croisée du transept est couverte d’une coupole sur pendentifs ces surfaces triangulaires et concaves assurent la transition entre le plan carré de la travée et le plan circulaire de la coupole tout est bâti en pierres de taille. La simplicité, le dépouillement, la taille précise et l’assemblage des pierres donnent une grande sensation d’harmonie.

Mais outre son architecture l’église abrite des chefs d’œuvres :

  • Quatre vitraux cisterciens d’époque en grisaille sont parvenus jusqu’à nous (trois côté nord de la nef aux baies des trois travées subsistantes et un orne la baie occidentale du bras du transept nord).
  • Une armoire liturgique du XIIème considérée comme le plus ancien meuble de France. Elle est en chêne  et sa décoration est d’inspiration architecturale. Les serrures qui bloquent les loquets sont ornées de têtes d’animaux d’une grande finesse.
  • Une Vierge de pitié en calcaire polychrome de la fin du XVème.
  • Le tombeau d’Etienne d’Obazine (mort en 1159, d’abord enseveli dans la salle capitulaire puis déplacé dans son tombeau entre 1250 et 1260) combine un gisant et une structure architecturale du type chasse reliquaire ornée  de scènes sculptées représentant la Vierge et l’enfants Jésus, les abbés des abbayes filles d’Obazine , les moines, les convers, les moniales, les paysans. Les deux pignons portent des motifs végétaux d’une grande finesse. C’est sans doute l’œuvre d’un atelier de la région parisienne ayant travaillé pour une commande officielle de l’Ordre cistercien ; Saint Louis ne fut probablement pas étranger à cette réalisation.
  • La mise au tombeau du Coyroux est une œuvre du XVème siècle partiellement retrouvée lors de la fouille de l’église du monastère féminin.
  • Les stalles en bois sculptées pour cet édifice au début du XVIIIème siècle sont célèbres pour les têtes très réalistes qui ornent leurs miséricordes.

Nous avons visité les bâtiments réguliers sous la houlette bienveillante et pleine d’humour  de sœur Christophora, la supérieure du monastère grec-melkite catholique de la Théophanie, communauté de tradition byzantine unie à Rome, installée depuis 1965. Le monastère est classé monument historique depuis 2007 et appartient au Patriarcat melkite d’Antioche : (https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Saeur-Christophora-gardienne-de-l-abbaye-d-Aubazine-en-Correze-2015-01-19-1269634).

Du cloitre simplement charpenté de 43 m de coté et de 3,70 m de large, il ne reste rien de l’architecture des galeries on voit juste par endroit des corbeaux. Le centre du jardin du cloître est occupé par une vasque monolithe vestige du lavabo du cloître alimenté par la même source qu’au XIIème siècle et dont l’eau est délicieusement potable…

Le jardin est dominé par le clocher  qui surmonte la croisée du transept c’est une prouesse architecturale. Pour préserver l’étanchéité de l’édifice des parties ont été recouvertes d’une protection en lauze.

Le bâtiment nord comprenait le chauffoir et un vaste réfectoire des moines il n’en reste que la cuisine implantée entre le lieu de vie des moines et celui des convers. Cette cuisine a subi plusieurs transformations elle est composée de deux travées voûtées d’arêtes la cheminée monumentale est de la fin du XVIIème siècle. A l’arrière de la cuisine le vivier alimenté par le canal des moines est parfaitement conservé. Il alimentait un ensemble de quatre moulins.

La galerie orientale du cloître s’appuyait sur les bâtiments d’habitation des moines dont le rez-de chaussée n’a pas été modifié depuis le XIIème siècle. On y trouve la salle capitulaire, un passage dont la voûte est remarquable, l’escalier reliant le dortoir au cloître  et la salle de travail des moines.

Initialement ce rez-de chaussée était surmonté d’un étage occupé par le dortoir des moines. Au XVIIIème siècle le dortoir a été remplacé par des cellules et un autre étage a été aménagé. Des appartements confortables avec boiseries et cheminées occupent le premier étage. Le couloir est pavé de petits galets qui forment un motif représentant les armes de l’abbaye ; il est orné d’une belle statue de la Vierge d’Obazine datant du XIVème siècle où l’enfant Jésus est représenté chauve.

C’est dans les combles transformés en orphelinat au XIXème siècle qu’Obazine a accueilli pendant 6 ans  Gabrielle  Chanel future Coco Chanel: https://www.lamontagne.fr/aubazine/loisirs/art-litterature/2015/09/18/sur-les-traces-correziennes-de-coco-chanel_11588542.html.

Thomas Poiraud notre Co-président  nous a servi de guide pour la visite de l’abbaye du Coyroux  située à 600 mètres du bourg.  Créée par Etienne  et affiliée grâce à lui en même temps que le monastère d’hommes à l’ordre cistercien en 1147, c’est  la  première abbaye de femme reconnue par l’ordre cistercien.

Au Coyroux le 6 octobre 2018 Photo CeR

Elle a été construite sur une terrasse remblayée  dans le lit du Coyroux la qualité de la construction est moindre à Coyroux qu’à Obazine alors que la construction s’est effectuée au même moment.

Abandonnée depuis 1791 il ne reste plus que les murs ruinés de l’église, mais des fouilles conduites de 1976 à 1989 ont permis de comprendre le plan du monastère ainsi que ses diverses transformations qui ont été rendues indispensables du fait de sa situation dans le lit du Coyroux, donc exposée aux caprices du torrent.

Dans ce petit monastère bien isolé les moniales étaient cloîtrées sous la dépendance stricte du monastère d’homme voisin qui pourvoyait à leurs besoins pour cela une porterie était aménagée à la manière d’un sas.

Après cette première journée riche en découvertes nous nous sommes séparés après un verre de l’amitié.

Dimanche matin était dédié à la découverte des possessions d’Obazine autour de Rocamadour qui étaient très nombreuses et dont le rôle principal était de nourrir les pèlerins. La guerre de Cent ans a complètement dévastée la région et dès 1457 tout ce qui pouvait encore être de quelques valeurs fut donné à cens.

Nous nous sommes retrouvés au moulin fortifié de Cougnaguet (commune de Cales) classé monument historique en 1925, et qui dépendait de la grange des Alix.

Au moulin de Cougnaguet 7 octobre 2018 photo CeR

Situé au bord de l’Ouysse au pied des falaises ce superbe moulin à eau  de quatre meules fonctionne encore grâce à Raymonde et Hubert Faure. C’est au son du Tic Tac du moulin et guidés par Hubert et son accent chantant du Quercy que nous avons fait une visite inoubliable dans le monde des moines meuniers du XIVème siècle.

https://www.youtube.com/watch?v=eGSsyQgJuXQ

La grange des Alix, près de Rocamadour était la tête de toutes les possessions d’Obazine et un village s’est, dès le XIIIème, construit autour. Il reste des parties importantes de ce qui était un prieuré occupé par les moines cisterciens : Un corps de logis, une enceinte avec ses tours et la petite chapelle Saint Etienne qui sert de grange et pour laquelle la fondation du patrimoine lance une souscription. https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-des-alix-a-rocamadour

En 1994, l’ensemble de l’ancien prieuré fut inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

 

C’est aux Alix que nous nous sommes séparés, enchantés par ces deux jours passés tous ensemble dans l’ombre des cisterciens chez Etienne d’Obazine que Bernadette Barrière a tant étudié.

 

Bibliographie :

 

Edmond Albe. Titres et documents sur le Limousin et le Quercy. I. Les trois états du Quercy et le vicomte

de Turenne (1477). II. Les possessions de l’abbaye d’Obazine dans le diocèse de Cahors et les familles du Quercy .Extrait du Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de Corrèze, Brive, Roche,1910.

 

Bernadette Barrière  Limousin Médiéval, le temps des créations, recueil d’articles, Pulim 2006.

 

La Grange de Graule(Cantal) grange fromagère de l’abbaye d’Obazine

Ce qu’il reste de la grange de Graule Photo de Claude Chappe Gauthier dans »granges fromagères d’Auvergne ».

Située à 100 km de l’abbaye d’Obazine la grange de Graule est implantée sur le plateau du limon à 1200 m d’altitude. Les premières donations surviennent vers 1147, dès l’affiliation d’Obazine à l’ordre cistercien mais la création véritable de Graule se fera sous l’abbé Robert en 1174, c’est également sous son abbatiat qu’une grange saline voit le jour à la Maurinière sur l’ile d’Oléron à 250 km de l’abbaye.

Le travail acharné des convers, déboisement, défrichage, drainage, construction a transformé ce lieu inhospitalier en une ferme d’altitude produisant du seigle et des fourrages pour l’hiver et auto suffisante pour nourrir les religieux et les habitants des villages alentours qui étaient une main d’œuvre indispensable.

Le sel depuis l’ile d’Oléron parcourait plus de 350 km pour arriver à Graule, d’abord par voie fluviale sur la Charente jusqu’à Angoulême puis à dos de mulet. Ce sel servait entre autre à la fabrication du fromage ainsi qu’à l’alimentation humaine et animale.

La production de fromage était écoulée vers Salers où l’abbaye avait une maison de ville puis vers les granges autour de Rocamadour dans le but de nourrir les pèlerins effectuant le pèlerinage marial qui était contrôlé par l’abbaye  bénédictine de Tulle.

La crise de recrutement des convers, la guerre de Cent Ans, les méfaits des routiers bouleversèrent irrémédiablement cette belle organisation et sonnèrent le glas du faire valoir direct.  Toutes les terres de Graule furent mises en fermage progressivement. Graule en ruine fut elle-même confiée à un fermier en 1377.

Les abbés d’Obazine continuèrent à recevoir les fermages et les cens en argent et en nature jusqu’à la Révolution.

Il est à noter que Graule possédait un moulin à la Bussinie au milieu de terres drainées, on peut voir encore l’admirable travail de canaux et de murs réalisés par les convers pour assécher ces prairies humides et ainsi cultiver le seigle indispensable pour leur alimentation.

L’abbaye de Valette fille d’Obazine créée en 1143 implantée sur les bords de La Dodogne a été dynamitée avant d’être noyée par le barrage de Chastang en 1950, elle possédait aussi une grange fromagère à Brocq (commune de Menet) qui a été fondée 40 ans après Graule.

 

Bibliographie

Adolphe de Rochemonteix, La maison de Graule, Monographies des villes et villages de France.1887.

Claude Chappe Gauthier Granges fromagères d’Auvergne, édition cheminements, 2007.

Bernadette Barrière, médiéviste spécialiste d’Obazine, Moines en Limousin L’aventure cistercienne , PULIM .

Et tous les articles de Bernadette Barrière sur l’abbaye d’Obazine.

Cisterciens en Rouergue – Les derniers feux (1600-1789)



PROGRAMME

Accueil par les Co-présidents Thomas Poiraud et Catherine Cazelles

Introduction au thème de la journée par Jean Delmas

Bonnecombe :

  • L’Aumône pratiquée à l’Abbaye de Bonnecombe (1600-1792). Catherine Cazelles.
  • La grange de Bernac à la veille de la Révolution à travers les contrats de fermage. Martine Houdet.

Nonenque :

  •  La reconstruction de l’abbaye de Nonenque au XVIIe siècle. Jacques Miquel.
  • La grange de Lioujas à l’époque moderne (1533-1789). Structures et principaux caractères d’un grand domaine ecclésiastique. Bruno Ginisty.

 Bonneval :

  • Procès entre l’abbaye de Bonneval et le curé de Flaujac (1757-1768). Ou du danger de lésiner sur le bois de chauffage. Alain Venturini.
  • Etienne Carrié, abbé de Bonneval (1629-1661). Thomas Poiraud.
  • Le monastère de La Falque. Claude Petit.

Beaulieu :

  • Beaulieu  aux XVIIe XVIIIesiècles. Alain Gilbert              

 Loc –Dieu :

  • Claude Fleury, abbé de Loc Dieu de 1684 à 1706, un abbé au Grand Siècle. Catherine Cazelles

Silvanes :

  • Silvanès au XVIIe-XVIIIe siècles, les bains sources de renouveau. Alain Douzou .

 Visite de la grange de Séveyrac par Jean-Yves, Anne  Rieucau et Thomas Poiraud.

       Compte rendu de la troisième journée d’étude : Les derniers feux (1600-1789)

Les derniers feux se sont éteints, sous un soleil magnifique, dans la grange de Seveyrac (grange de l’abbaye de Bonneval) où Jean Yves et Anne Rieucau savent si bien nous accueillir.

Nous avons quitté nos abbayes cisterciennes du Rouergue et leurs granges dans la tourmente de la Révolution après la  journée d’étude de samedi 8 septembre 2018 consacrée à la période allant de 1600 à 1789.

Après un résumé des précédentes journées (en 2014 l’âge d’or – en 2016 le temps des crises)  une riche introduction a resitué la période dans l’Histoire. Les conférenciers ont su capter l’attention des nombreux participants en traitant de sujets divers s’intéressant aussi bien aux abbayes qu’à leurs granges, décrivant la vie des abbés en charge des abbayes mais aussi les relations que ces dernières ont entretenues  avec les populations alentours et les conflits qui en ont découlées.

Enfin la ferveur spirituelle a été évoquée avec la création de nouvelle maison cistercienne.

Les interventions ont généré de nombreuses questions de la part de l’assistance studieuse.

Nous remercions les personnalités qui nous ont honorés de leur présence  Monseigneur François Fonlupt évêque de Rodez, Madame Simone Anglade conseillère départementale, Monsieur Jean Luc Calmelly maire de Bozouls, président de l’ADT.

La mairie de Bozouls en plus d’une aide par le prêt de matériel nous a offert le verre de l’amitié de la fin de journée.

Merci à tous pour votre présence à nos côtés, votre aide, votre soutien, votre intérêt pour notre travail tout est un formidable encouragement à continuer notre aventure dont le quatrième et dernier épisode aura lieu en 2020. Le sujet en sera La Révolution, la Renaissance post révolutionnaire et l’histoire récente des abbayes et des granges.

Le recueil d’article de la journée est disponible. Nous le publions avec l’aide de Sauvegarde du Rouergue. Il porte le numéro 128 et s’intitule : CISTERCIENS EN ROUERGUE, LES DERNIERS FEUX, 1600-1789. Il peut vous être envoyé il suffit d’envoyer un mail à Cisterciens en Rouergue . (Son prix en est de 12 euros plus le port par poste de 4,80 euros).

 BUREAU DE CISTERCIENS EN ROUERGUE : château d’Is- 12850 Onet le Chateau

cisterciensenrouergue@outlook.com

Dimanche 27 mai 2018 La transhumance vers les plateaux de l’Aubrac

Troupeau de Jean Yves devant la coulée de lave de Roquelaure Cliché Cisterciens en Rouergue

C’est à 5 h ce matin que le troupeau de Jean Yves Rieucau est parti de Seveyrac (ancienne grange de l’abbaye de Bonneval) pour se rendre sur les pâtures de l’Aubrac ou il va séjourner jusqu’autour du 13 Octobre.

Un petit groupe d’adhérents et d’amis de Cisterciens en Rouergue s’est joint au joyeux cortège de courageux marcheurs prêts à affronter les 45 km dont la côte de Salgues, bien connue des habitués est le morceau le plus difficile pour les bêtes comme pour les hommes.

Les belles vaches Aubrac de Jean Yves parées de coiffe de fleur et de branchage sont parties joyeuses d’un pas alerte rythmé par le bruit des cloches et nous avons suivi  selon les possibilités de chacun…

Nous remercions Jean Yves qui maintient cette belle tradition et qui nous offre l’opportunité de partager cette promenade exceptionnelle.

 

 

 

Autour de Nonenque et de ses granges le 7 avril 2018

Le bourg de Saint Jean d’Alcas Photo CeR

 

Visite du Mas Andral Photo CeR

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 7 avril 2018, nous étions une trentaine de participants matinaux au point et à l’heure du rendez-vous devant le fort de Saint Jean d’Alcas, fins prêts pour  notre visite autour de l’abbaye cistercienne de Nonenque et de ses granges. Dommage nous avons été accompagnés  toute la journée par un invité surprise qui a su s’imposer : le vent ….

L’abbaye  est habitée depuis 1935 par une communauté de religieuses cartusiennes et elle a pris depuis  le nom de   « Chartreuse du Précieux Sang de Nonenque  ». La règle de Saint Bruno recommandant une vie très reculée du monde, aucune visite du monastère n’est possible et apercevoir le monastère niché au fond de la vallée de l’Annou, demande aussi un peu de motivation…

Rien de tel quand les Cisterciennes occupaient Nonenque de 1147 à la Révolution ; elles avaient développé sur l’avant Causse qui domine le monastère une série de Granges remarquables entre les possessions des Templiers sur le Larzac et celles des Hospitaliers le long de la vallée de La Sorgue.

Proches les unes des autres  ces granges  sont toutes construites  autour d’une cour carrée (comme celle de  Lioujas près de Rodez, voir visite du 11 mars 2018) et elles gardent par la présence des nombreux blasons le témoignage des abbesses de grande famille qui se sont succédées à la tête de L’abbaye.

Jacques Miquel, bravant d’une voix forte les éléments, grâce à ses grandes connaissances a captivé l’auditoire. Il nous a guidés à Caussanuejouls, Caussanus, puis à Saint Beaulize où du mobilier en provenance de l’abbaye a déclenché des échanges avec les autochtones férus de patrimoine.

Au Mas Andral Michel et Anne Lise Augais nous avaient préparés un accueil extrêmement chaleureux dans la vieille cuisine de la grange autour d’un bon feu de cheminée. Et que dire des boissons, du fromage, du café des flaunes….Je pense qu’on s’en souviendra tous. Après avoir fait le tour du Mas Andral, grange emblématique des granges de Nonenque, orné du blason de Marguerite II de Roquefeuil nous avons continué notre route vers Saint Jean d’Alcas.

Au Vialaret avec Mr Verlaguet  nous avons fait quelques infidélités  aux cisterciens en évoquant les circonstances il y a plus d’une dizaine d’années de la découverte fortuite  sur ses terres du Touries, de pierres gravées qui se sont révélées être des stèles et statues de guerriers Celtes de l’âge du fer ( VIIIème-Vème s avant JC à voir au musée de Montrozier).

Marie Thérèse Foulquier qui était alors maire de la commune et Jacques Miquel ont travaillé ensemble à la restauration et à la mise en valeur du bourg fortifié de Saint Jean d’Alcas qui était une possession de l’abbesse de Nonenque et nous avons profité en leur compagnie d’une visite éclairée.

Mais il était déjà tard et seulement une dizaine de courageux curieux ont poursuivi par une marche guidée par Anne Lise et Michel Augais pour apercevoir Nonenque dans son écrin de verdure que nous avons atteint à 19 h alors que sonnaient complies….

Carte des granges de Nonenque photo CeR

Café débat à Villefranche de Rouergue le 12 mars 2018 à l’invitation de l’Université des Savoirs Partagés

Autour de l’abbaye de Loc Dieu

Marie Hélène de Montalivet a exposé la fondation de Loc Dieu en remettant dans le contexte historique l’arrivée à l’Ouest du Rouergue de 12 moines venant de Dalon et leur installation en 1123 dans le «  lieu du diable ». Malgré des débuts difficiles, dus en outre à l’installation concurrente de l’abbaye de Beaulieu sur un territoire voisin en 1144, l’église sera achevée en 1189 grâce à l’aide financière, fraternelle, mais néanmoins intéressée de Bonneval.

Catherine Cazelles nous a parlé de l’abbé Claude Fleury, abbé de cour proche de Louis XIV qui vécu à Versailles mais qui reçu en 1685 du roi le bénéfice de l’abbaye de Loc Dieu qu’il gardera jusqu’en 1706. En abbé commendataire consciencieux il fait un voyage de 11 mois en Rouergue et en Languedoc pour prendre connaissance de son bien. Le cahier de comptes de Claude Fleury nous renseigne sur les préoccupations d’un abbé qui par ses fonctions à Versailles était très proche du Roi soleil.

Nicolas Revel nous a emmenés à la recherche du manuscrit du moine Nofoldus, cité par l’abbé Lafon dans ses cahiers sur Loc Dieu. Les recherches menées auprès de la grande bibliothèque de Troyes, aux Archives de L’Aveyron , les conseils que nous avons reçus des spécialistes familiers des catalogues de manuscrits ne nous ont pas permis d’aboutir. La question de l’existence de ce manuscrit reste posée …

 

De nombreux échanges ont suivi cette sympathique réunion à l’initiative de nos amis de l’Universités des Savoirs Partagés de Villefranche de Rouergue .

La Grange monastique de Lioujas et l’abbaye de Nonenque

Grange de Lioujas porte d’entrée Photo CeR
Grange de Lioujas. La cour Photo CeR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est devant la porte de la Grange de Lioujas que nous avions rendez-vous le dimanche 11 mars 2018 avec nos amis du Patrimoine Bâti de la Loubiére qui nous accueillaient sur leur terre pour nous faire découvrir leur riche patrimoine en relation avec l’abbaye de Nonenque.

Bruno Ginisty, historien, chercheur, passionné et communicant inépuisable a assuré les visites, répondu aux nombreuses questions et terminé la journée par une conférence passionnante nous le remercions chaleureusement et nous félicitons de la collaboration de nos deux associations.

Les propriétaires de la Grange de Lioujas en avait aimablement autorisé l’accès à Cisterciens en Rouergue ce qui a constitué pour beaucoup une découverte et une introduction aux visites prochaines des granges de Nonenque avec leur cour pavée entourées d’arcades.

En 1168, Hugues comte de Rodez donne à sa mère Emmengarde tous ses droits sur Lioujas. La comtesse possèdait déjà Cayssac . Elle se retire en 1170 au couvent de Nonenque en lui apportant Lioujas, qui est resté une grange de Nonenque jusqu’à la Révolution.

A l’occasion des guerres de religions  le Rouergue se protège. La grange est fortifiée et la tour construite en 1527. La porte était protégée par un ravelin. L’abbesse de Nonenque qui était seigneuresse et prieuresse de Cayssac , possédait à Rodez une maison. Elle accueille à la Grange de Lioujas  le 22 juillet 1533 le légat du pape puis le 23 juillet 1533 le roi François 1er. Le domaine couvrait plus de 350 hectares et possédait 6 paires de bœufs (1673).

A Cayssac  Mme Palisson, présidente, nous a fait  entrevoir l’ampleur du travail effectué par l’association de Valorisation du Patrimoine bâti de la Loubière qui est au chevet de l’église Saint Pierre aux liens depuis plus de dix ans.

Un numéro de Sauvegarde du Rouergue L’église de Saint Pierre aux liens de Cayssac  N° 101 extrêmement  bien documenté vous apportera tous les renseignements souhaités sur la petite église et l’adorable fontaine romane dont il faut admirer la clef de voute.

La visite s’est poursuivie à Ortholes dont la tour (propriété de la commune) a été construite en 1562 par le seigneur d’Ortholes pour protéger le logis seigneurial existant. La petite seigneurie d’Ortholes comptait deux paires de bœuf. La tour garde  de beaux témoignages de la période de son rôle défensif : bouches à feux, pont – levis, escalier à vis défensif, terrasse au dernier étage pour surveiller les alentours, grilles aux fenêtres à meneaux. Le cadran solaire sur la facade date de 1587 et  c’est  l’un des plus anciens du Rouergue. En 1868 le premier étage  a servi d’église.

 

A 17 h30 une centaine de personnes ont assisté à la conférence : « La Grange de Lioujas et l’abbaye de Nonenque histoires croisées »que donnait  Bruno Ginisty qui à l’aide d’un beaux diaporama et d’une description de ses nombreuses recherches a illustré les visites dont Cisterciens en Rouergue avaient bénéficiées en début d’après-midi.

Cette soirée de dimanche s’est terminée autour d’un pot de l’amitié offert par nos deux associations. Merci à nos adhérentes pâtissières.

Bientôt notre découverte des granges de Nonenque va se poursuivre  et nous vous convions donc à de nouvelles aventures un peu plus loin de Rodez…

 

 

 

Résumé des conférences données par Cisterciens en Rouergue en Février 2018

900 ans d’histoire. La fondation de l’ordre cistercien au XIIème siècle. Les cisterciens leur organisation. Les cisterciens en Rouergue.

 

Rares sont les entreprises humaines qui peuvent se prévaloir de neuf siècle d’existence. C’est pourtant le cas de l’Ordre cistercien, expérience initiée en 1098 dans la solitude des bois par Robert de Molesme.

Après des temps difficiles grâce à la forte personnalité et au charisme de ses abbés l’ordre éclot partout et six abbayes cisterciennes dont la présence va durablement marquer le territoire, vont voir le jour en Rouergue au cours du XIIème siècle.

 

A la fin du XIème siècle la Règle bénédictine, rédigée par Saint Benoit en 490, était appliquée partout selon le mode élaboré à Cluny qui privilégiait l’office divin au détriment du travail manuel. La richesse de Cluny repoussait tous ceux qui aspiraient aux  vraies valeurs de la chrétienté et qui recherchaient dans l’érémitisme le retour à une vie  pauvre et retirée du monde.

Robert fidèle à son idéal abandonnera Molesme qu’il avait créé en 1098 mais qui était devenue riche pour fonder « un nouveau monastère » à Cîteaux dans un dénuement total.

Etienne Harding, le troisième abbé en est le législateur, c’est sous son abbatiat que l’ordre cistercien s’organise et que le nouveau monastère prend le nom de Cîteaux. Il donne des règles à ce nouvel ordre monastique, établit la Chartre de Charité qui régit les relations entre les différentes abbayes les unes par rapport aux autres et institue l’obligation pour les abbés d’assister chaque année au Chapitre général qui se tiendra à Cîteaux.

Bernard de Clairvaux, qui rentre comme moine à Cîteaux en 1112 entrainant avec lui 30 compagnons donne une impulsion décisive à l’ordre des moines blancs. Elu abbé de Clairvaux jusqu’à sa mort en 1153 il sera un personnage incontournable du siècle, un conseiller des puissants qui va faire de son ordre le plus considéré  de la chrétienté.

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Les abbayes cisterciennes sont organisées autour du cloitre. Celui-ci est appuyé à l’abbatiale par son aile nord appelée de la Collation. L’aile est comporte sacristie, salle du chapitre, scriptorium et dortoir des moines au-dessus. Le côté sud comporte réfectoires et cuisines et le côté ouest est réservé aux convers (cellier, salle des convers et dortoir au-dessus) ; une ruelle donne directement au fonds de l’abbatiale, permettant d’y accéder sans passer par le cloître.

La principale caractéristique des abbayes cisterciennes primitives est leur austérité, la règle interdisant les décors, peintures et autres ornements trop riches ; l’église ne comporte pas de clocher, interdit par la règle. Ces caractéristiques disparaissent rapidement dès le XIIIe siècle, s’adaptant aux diverses modes.

Les cisterciens excluent tout profit issu du travail de serfs ou de paysans dépendants, ils insistent sur la valeur spirituelle du travail manuel, qui est une manière de glorifier Dieu. Le fonctionnement économique des monastères cisterciens repose sur la possession d’un patrimoine foncier dont l’exploitation est assurée en faire valoir direct. Les nombreuses donations permettent de créer des exploitations agricoles autonomes, les granges, vastes domaines ruraux, généralement peu éloignés des abbayes. Le travail sur ces domaines est habituellement effectué par des convers, religieux dispensés des nombreux offices et déliés de la clôture. Ces convers, de plus en plus rares seront ensuite remplacés par des donats, laïcs attachés à l’abbaye. Dès la fin du moyen-âge, les granges sont concédées à des fermiers qui les exploitent directement ou par des salariés. La Révolution Française va disperser les biens des abbayes, la plupart des granges devenant de grandes exploitations rurales.

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Six abbayes cisterciennes sont fondées durant le XIIème siècle en Rouergue[1] :

A l’ouest l’abbaye de Loc Dieu fondée par des moines venant de Dalon en 1124 et qui intégrera l’ordre cistercien en 1162 et l’abbaye de Beaulieu fondée en 1144 immédiatement cistercienne car étant une fille directe de Clairvaux[2]. Toutes les granges du domaine rural de Beaulieu n’ont pas pu être identifiées  (Argilario, Sonjournet…)

Au sud L’abbaye de Sylvanes fondée par Pons de Léras, noble un peu brigand en guise de repentir et qui rejoint l’ordre cistercien en 1136 avec comme abbaye mère Mazan (Vivarais). L’abbaye de Nonenque est un monastère de femme fondé en 1146 et affilié à Bellecombe (Velay) en premier puis à Sylvanes ensuite. Les granges de ces abbayes couvrent tout le sud Aveyron, atteignant Albigeois et Languedoc.  Sylvanès exploite de nombreuses mines d’argent.

Au nord c’est Guillaume de Calmont , évêque de Cahors qui fonde l’abbaye de Bonneval en 1147, c’est aussi une abbaye fille de Mazan. Elle constitue d’importantes granges, fortifiées au XVe siècle (Galinières, Séveyrac, Masse, La Vayssière..) qui représentent toutes une richesse exceptionnelle pour le département.

Au centre en 1167 le comte de Toulouse Raymond V et l’évêque de Rodez Hugues fonde l’abbaye de Bonnecombe affiliée à l’abbaye de Candeil (Tarn). Ses nombreuses granges (Is, Ruffepeyre, Vareilles, Lafon, Moncan, Bonnefon) sont fortifiées.

 

[1] En 1808 le Canton de Saint Antonin Noble Val qui faisait partie du Rouergue a été rattaché au département du Lot et Garonne

[2] Bernard de Clairvaux serait venu à Beaulieu au cours de son voyage en Languedoc en 1145…

L’épiphanie à Bonneval 6 Janvier 2018

Comme l’année dernière, nous avons eu la joie d’être reçu nombreux à Bonneval, en cette date d’Epiphanie, pour partager un moment de spiritualité et de convivialité.

Après l’office de None, sœur Anne-Claire, avec simplicité et pédagogie, a poursuivi son exposé sur les textes fondateurs de l’Ordre et sur la règle de saint Benoît. Précise, érudite, mais toujours accessible, elle a su captiver l’auditoire et susciter un dialogue fécond.

Ensuite, la communauté de Bonneval  et les membres de Cisterciens en Rouergue ont partagé chocolats, boissons et galettes dans un moment d’échanges chaleureux.

Alors que les vêpres sonnaient, nous nous sommes quittés plein de courage pour l’année à venir et dans l’espérance de renouveler cet agréable moment en 2019.