L’évolution du temporel de l’abbaye de Beaulieu en Rouergue par Nicolas Revel

Voici le dernier résumé parmi les communications données lors de la journée d’étude de Cisterciens en Rouergue consacrée à l’abbaye de Beaulieu en Rouergue et son environnement le 29 Aout 2015.

 

L’évolution du temporel de l’abbaye de Beaulieu en Rouergue de 1140 à 1796 par Nicolas Revel

Au moyen de quatre cartes, nous allons tenter de survoler l’évolution du temporel de l’abbaye de Beaulieu en Rouergue depuis sa fondation en 1140/41 jusqu’à la révolution.

Celui ci se composa au fil du temps de « granges » ou domaines agricoles exploités en faire-valoir direct par les moines et les convers (carré sur les cartes ) ou/puis en faire-valoir indirect ou fermage (grand cercle),  de seigneuries ou domaines sur lesquels l’abbaye percevait des redevances seigneuriales (triangle), de paroisses sur lesquelles l’abbaye percevaient des dîmes (croix latine), des moulins qui rapportaient d’autres revenus (petit cercle); d’autres possessions consistaient en maisons de ville et château (pictogramme)

Carte 1144

Depuis 1140, des moines envoyés par Bernard de Clairvaux commencerent à établir leur monastère et à exploiter les terres qui le jouxtent.

Carte 1183

La situation en 1183 que nous donne le bulle de confirmation du pape Lucius III nous montre que, depuis la fondation, les donations ont afflué non seulement dans la proximité directe de l’abbaye avec la création sur les plateaux Est et Ouest de deux granges Bosc Gayral et Drulin mais aussi en direction de Saint Antonin et encore plus en aval le long de l’Aveyron avec la fondation de trois autres granges Sonjournet Argilario et Albiac. Trois moulins en aval de l’abbaye en dépendent.

 

Carte 1350

 

L’état de 1350 révèle  les bouleversements qu’a connu le temporel de Beaulieu depuis la fin du XIIème siècle.

La fin du XIIème fut encore trés propice à Beaulieu avec notemment le début de la constitution de son domaine seigneurial de Saint-Igne puis un choc coupa net l’expansion de l’abbaye :  les avancées cathares et les conflits avec les catholiques signifièrent  de multiples destructions et pillages, de l’abbaye, de ses domaines et d’une partie de ses archives. Ses granges de la basse vallée de l’Aveyron disparurent, quelques perceptions seigneuriales semblent s’être maintenues; sont encore mentionnées  une maison à Saint Antonin et une autre à Bruniquel.

La fin du XIIIème marque une période de reconquête via la donation, en 1272, par l’évèque de Rodez Vivian, de 4 paroisses et de leur revenus à l’abbaye et aussi l’apport d’une protection castrale avec l’intégration du château de Pervinquière; L’abbatiale telle qu’on la connait aujourd’hui est enfin (re)construite.

 

Carte 1770

Les 4 siècles qui ont suivi ont été ceux d’un long déclin, étiolement et recroquevillement autour de l’abbaye:  mise en fermage des dernières granges et cession de paroisses, vente de moulins et autres biens fonciers. Pervinquière tombe peu à peu en ruine.

Tel un échos au catharisme, le protestantisme prit racine à Saint Antonin. Cela sans doute a contribué à la disparition des possessions restantes dans la vallée de l’Aveyron… cela dit, sur la rive opposée à Montricout, des siècles après leur départ, la toponymie semble avoir conservé la mémoire de la présence, jadis, des moines blancs :

Moulinsdesmongescadastrenapoleon

Le reste du temporel qui n’avait pas encore disparu dans la nuit du 4 aout 1789 (abolition des droits seigneuriaux) c’est à dire les terres, bâtiments et mobiliers,  de l’abbaye et des anciennes granges sont vendus comme biens nationaux ou donnés pour le service des paroisses environnantes (retable, vaisselle liturgique,…)

Et finalement, le 25 fructidor de l’an IV de la République, c’est l’humble « pigeonnier de Sainte Marguerite » juste en aval  de l’abbaye, sur l’autre rive de la Seye, petit bien oublié des inventaires révolutionnaires , qui est, à son tour, vendu. C’est ce petit bâti qui sera renommé plus tard « chapelle des convers »… Une page longue de 656 années se tourne.

 

Pour poursuivre recherches et lectures…

Bibliographie et liste chronologique  d’auteur(e) qui ont travaillé sur Beaulieu et son environnement (ou ouvrage collectif ou institutionnel)

1830 Abbé Bousquet – Memoires de la Société des  Lettres – Aveyron

1866 Congrés archéologique de France – Montauban, Cahors, Gueret

1874 L. Guirondet – Mémoires Société des lettres – Aveyron

1888 L. Guirondet – « L’abbaye de Beaulieu en Rouergue »

1930 Bulletin Archéologique Tarn et Garonne

1933 J. Donat – Annales du Midi

1937 M. Aubert – Congrés Archéologique de France – Figeac, Cahors, Rodez

1955 G. Leblanc – L’auta Petit Journal

1980 J. Bousquet « Le Rouergue au Premier Moyen Age »

1990 Lou Canton – Parisot Ginals Verfeil Castanet

2000 Cahier du Patrimoine – Caylus, Saint Antonin

2010 CMN – Fiche de visite

2014 Frédéric Amiel « Histoire de la paroisse de Saint Igne »

2014 Claude Andrault-Schmitt – Monuments de T&G – Congrés Archéologique de France

 

Références archives

  • Archives du Tarn et Garonne, Montauban  – série H1 et H2
  • BNF – Recueil de chartes originales, latines et provençales, en faveur de l’abbaye de Belloc, en Rouergue. (1161-1421) Parchemin. – 25 pièces

Rien que pour le plaisir de voir ou d’étudier depuis chez soi des chartes de Beaulieu, ce document est en ligne  :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b520009814/f5.item.r=manuscrit%20rouergue.zoom

Contexte historique- Bernard de Clairvaux et la fondation de Beaulieu par Catherine Cazelles

Voici le cinquième résumé parmi les communications données lors de la journée d’étude de Cisterciens en Rouergue consacrée à l’abbaye de Beaulieu en Rouergue et son environnement le 29 Aout 2015.

 

Contexte historique- Bernard de Clairvaux et la fondation de Beaulieu par Catherine Cazelles

Les archives de Beaulieu détruites lors des guerres civiles du XVIème siècle, manquent pour nous éclairer sur la période de création de l’Abbaye.

Pour certains entre 1140 et 1144, suite à la demande d’Adhémar, évêque de Rodez (1089-1143), Bernard de Clairvaux serait venu reconnaître le site de la future implantation en compagnie d’Archambaud de Valette le donateur. Quelques temps plus tard douze moines sous la conduite d’Odon seraient partis de Clairvaux vers la vallée de la Seye en Rouergue.

Pour d’autres Bernard aurait assisté en personne à la cérémonie de fondation de l’Abbaye en revenant de son voyage en Languedoc. Ce voyage a été très bref quelques mois et en 1145 or la date retenue pour la fondation de Beaulieu est 1144….

Beaucoup d’incohérences et d’incertitudes entourent cette période de la fondation de Beaulieu.

C’est le moment où les créations cisterciennes explosent (Beaulieu est la 45ème fille de Clairvaux). Des bastions d’orthodoxie pour lutter contre l’hérésie se développent dans le Sud de la France. Une politique d’implantation proche des abbayes d’origine érémitique en vue de leur affiliation est menée.

Bernard en Languedoc prêche avec des succès mitigés il reviendra déçu conscient que son travail de prédication ne sera pas suffisant pour déraciner une foi bien ancrée dans les populations méridionales.

 

Bibliographie principale

Andrault-Schmitt Claude Beaulieu –en –Rouergue, abbaye cistercienne Monuments de Tarn et Garonne, congrès archéologique de France, société française d’archéologie, Paris, 2014p 51-63.

L’Abbé Bousquet mémoires de la société des lettres sciences et arts de l’Aveyron, Anciennes abbayes de l’ordre de Citeaux dans le Rouergue (1889 1867)

Aubé Pierre Saint Bernard de Clairvaux Fayard

Bousquet J Le Rouergue aux premiers Moyen-Age T II p 647

Cahiers de Fanjeaux numéro 3 Cathares en Languedoc et numéro 21 Les Cisterciens de Languedoc (XIII-XIVème)

Caylus et Saint Antonin Noble Val L’inventaire Cahiers du patrimoine

Guirondet L sur un évèque de Rodez déposé par Eugène III mémoire de la société des lettres de l’Aveyron T X (1874) p 117-126.

Guirondet L L’abbaye de Beaulieu en Rouergue Villefranche 1888 in 16

Jouve JP, Roy D, Bonnefoi G L’abbaye de Beaulieu en Rouergue

Pacaut Marcel Les moines blancs Fayard