« A Naucelle on raconte  » des histoires sur Bonnefon compte rendu des communications du 15 Mai 2017

                                                                       

21 Mars 1322 des fêtards à la porte, leur chahut dégénère la justice enquête. Jean Delmas 

 

Cette conférence illustrait parfaitement celle sur « L’exercice de la justice dans un domaine cistercien, exemple de la grange de Bonnefon (XIIe -1510)» que Monsieur Delmas avait faite lors de la deuxième journée d’étude de Cisterciens en Rouergue et dont un résumé est dans la Revue 120 de Sauvegarde du Rouergue.

Le fait divers se déroule à Bonnefon le soir du 21 mars 1322.

Le sénéchal de Rouergue a instauré en 1300 un baillage, une juridiction royale,  dans sa bastide de Sauveterre de Rouergue. L’administration royale n’a désormais plus besoin du paréage, une justice commune, comprenant la haute et la basse justice, qu’elle avait précédemment imposée à l’abbaye. En 1317, le roi cède sa part du paréage à Arnal de Landorre.

Ce 21 mars, des fêtards jettent le trouble dans la grange de Bonnefon, le sang coule. C’est un délit qui relève de la haute justice. Qui a compétence dans ce cas : le roi, dont les officiers se sont saisis de l’affaire ? La justice commune du paréage de Bonnefon-Naucelle ? Outre le problème de droit, il faut savoir que la rixe a peut-être eu lieu à la porte de l’enclos de la grange, « infra portam », que par conséquent la justice pourrait être rendue sur place, selon l’usage, et qu’elle y serait plus rapide et surtout plus indulgente pour les justiciables. Quinze personnes de la grange sont « mises en examen » par la justice du bailliage. Arnal de Ladorre et l’abbé de Bonnecombe contestent.

Les témoins de Naucelle défilent, plutôt favorables au paréage. Ils évoquent la moralité des fêtards, habitués des rixes ou des larcins, et celle des gens de la grange, parmi lesquels deux frères convers venus de Candeil, en Albigeois.

Le rouleau de parchemin qui relate cette histoire n’est malheureusement pas complet, mais il nous livre le récit très vivant d’un instant de vie dans une grange monastique et un problème de conflit de juridictions au Moyen Âge.

 

 

Bonnefon, archéologie du bâti. Alain Gilbert

 

En 1369 pendant la guerre de cent ans Bonnefon est détruite par le feu.

L’abbé de Bonnecombe demande que soit reconstruit la tour et le logis en 1427.

Fait exceptionnel en Rouergue elle est construite en briques de taille à peu près régulière d’épaisseur : 7 à 9 cm moyenne 8 cm, longueur 35 à 42 cm moyenne 39 cm, largeur 22 à 26 cm moyenne 24 cm.

Alain Gilbert pense qu’il a fallu  entre 95 000 et 115 000 briques pour réaliser le corps de logis (la tour faite en pierre est postérieure car sa construction englobe l’angle du logis).

Plusieurs ateliers auraient été sollicités pour pouvoir fournir cette grande quantité de briques.

La communication a été illustrée par de nombreuses photographies.

 

La discussion qui a suivi a porté sur la provenance des briques.

Pour Martine Houdet qui nous fait profiter de son expérience acquise par l’étude des briquèteries du Tarn : les briquèteries étaient sur place en effet les cas de transport de briques sont rares et sur de petites distances. D’autre part le fait de ne pas trouver de four ne veut rien dire, en effet dans le Tarn pour un château construit en briques on n’a jamais retrouvé les fours alors que grâce aux archives on sait qu’ils étaient proches.

Léo Savy, nous fait bénéficier de son expérience de potier ; Pour lui il y avait assez d’argile sur place. D’autre part Gilbert Imbert dans ses travaux sur Naucelle mentionne qu’il y avait des charrois de bois pour cuire la terre.

 

Architecture de la grange de Bonnefon,  une énigme archéologique. Jacques Miquel

 

Avant sa destruction en 1962 la bâtisse de la grange de Bonnefon s’apparentait aux tours grangières de Masse, Seveyrac ou La Vayssière avec des dimensions parmi les plus grandes : 17 m sur 12,5 m.

Nous avons la chance de posséder deux cartes postales de 1910 qui nous apprennent beaucoup et en particulier qu’il y avait une fissure importante sur le logis vraisemblablement provoquée par un problème d’instabilité du terrain ( fond d’argile) et par le poids des briques ( une brique pèse 10 kg il y en avait 100 000).

Un compte rendu de visite de 1781(que Jacques Miquel a trouvé dans les archives de Gilbert Imbert) réalisée afin de rechercher une prison dans la grange nous éclaire sur l’organisation du logis .Les modifications successives des fonctions des pièces conduisent parfois à des énigmes. Quel était l’usage des différents niveaux de la tour dont l’accès était difficile ?

Bonnefon, grange cistercienne, a été construite entre le XIVème et le XVIème siècle en brique avec les mêmes joints gras que ceux que l’on retrouve à Albi au palais de la Berbie ou à la cathédrale Sainte Cécile.

 

 

 

Une revue du Carto club ruthénois sur Naucelle va paraître prochainement Jacques Miquel y a largement participé on pourra y voir les  cartes postales de Bonnefon avant sa destruction.

 

 

Week -end d’étude à Sylvanes les 29 et 30 Avril 2017

visite du cloître Photo CeR

 

Cisterciens en Rouergue a organisé deux journées d’étude les 29 et 30 avril 2017 à l’abbaye de Sylvanes auxquelles 35 adhérents ont participé.

Nous remercions Michel Wolkowitsky pour son accueil, la visite de l’abbaye, sa présentation sur la renaissance de Sylvanes et les travaux effectués depuis 40 ans ainsi que pour la démonstration de chant choral qui donne envie de revenir écouter les concerts estivaux.

La salle capitulaire était l’endroit idéal pour abriter les communications :

Nicolas Revel est revenu sur quelques points d’architecture, notamment la marque très cistercienne de Sylvanes de part son plan modulaire qui s’inscrit bien dans le schéma de Villard de Honnecourt et a précisé le lieu d’implantation du premier monastère

Alain Venturini, en tant que directeur des archives, s’il déplore la taille du fond de Sylvanes (1 m)  par rapport à celui des autres abbayes cisterciennes ( Pour Bonnecombe 23 m) souligne la grande chance d’avoir au sein des Archives départementales le cartulaire de Sylvanes qui retranscrit les chartes entre 1132 et 1169.

Repas dans le scriptorium Photo CeR

Alain Douzou nous a emmené dans l’univers de Pons de Léras au XIIème ou l’évêque de Lodève, le comte de Rodez, les seigneurs se livraient des guerres d’influence ou s’alliaient selon leur intérêt.

Le scriptorium nous a accueillis pour le repas puis Guillaume Bessière après une présentation de son travail de master 2 a pris la tête du groupe pour nous guider, sous le soleil, dans le temporel de Sylvanes.

Après une halte aux bains de Sylvanes , nous étions attendus à Grauzou ( ou Grange Haute) par Roger Bernat , le frère d’Yvon Bernat qui en est le propriétaire.

Au centre de ce site remarquable nous avons pu visiter la grande bergerie dont l’architecture exceptionnelle pose des questions de datation que nous n’avons pas résolues malgré les divers avis des participants.

En contre bas de Grange Haute (sur la propriété du mas

Le groupe à Grange Haute Photo CeR

d’Andrieu) le Grauzou est aménagé pour permettre l’irrigation et un aqueduc passe sur le ruisseau pour conduire l’eau à la Grange. Un aménagement probablement cistercien entretenu jusqu’au XIXème siècle qui mériterait une étude plus approfondie.

Guillaume nous a ensuite conduit à un point de vue d’où nous avons pu embrasser du regard le panorama des possessions du noyau central de l’abbaye.

La première journée s’est terminée par un superbe concert d’orgue dans l’abbatiale offert à l’association par Marie Christine Steinmetz et Thierry Adhumau, tous deux organistes de renom à Paris.

 

Dimanche 30 avril 2017 était consacré à la découverte du patrimoine minier autour de Sylvanes. Le temps n’était malheureusement plus au beau mais Bernard Lechelon par son enthousiasme communicatif et par ses grandes connaissances nous a vite fait oublier les intempéries.

Elisabeth et Bernard Lechelon ont accueilli le groupe autour d’un délicieux et copieux petit déjeuner qu’ils nous ont offert chez eux, puis Bernard nous a fait part de ses travaux et de ses dernières recherches en voie de publication.

Il est très difficile de faire la synthèse des visites des mines faites en compagnie de Bernard tellement ses explications sont riches et passionnantes.

Le site de Bouco-Payrol est exceptionnel quasiment unique en Europe. Son exploitation s’étale entre 3000 ans avant JC jusqu’à la première moitié du XIIIème siècle et puis plus rien jusqu’au XIXème. C’est une mine de cuivre argentifère où il a été retrouvé un grand nombre d’outils en pierre.

Visite sur le site de Bouco-Payrol avec Bernard Lechelon Photo CeR

Deux énormes bouches: «  la petite entrée »et « la grande entrée » permettaient d’atteindre le secteur le plus riche en minerai. Les galeries semblent s’étaler sur 4 km de long et jusqu’à une profondeur de 110 m. Selon la disponibilité en bois l’exploitation se faisait soit par le pic soit par le feu qui faisait éclater la roche. L’endroit est grandiose, étrange, impressionnant; nous étions très bien encadrés et surveillés par une équipe veillant à ce qu’on ne s’écarte pas des chemins.

Après le repas pris au restaurant de Sylvanes, Bernard nous a fait découvrir la mine de Cénomes par groupe de 8.

Il est important de noter le classement de la mine de cuivre argentifère romaine et médiévale de Cénomes au titre des Monuments Historiques ce qui témoigne de son intérêt patrimonial.

Tandis que le premier groupe était dans la mine les autres selon le temps dont ils disposaient ont visité l’église russe ou se sont rendus vers le lieu d’implantation primitif de l’abbaye et la fontaine d’eau douce du mas Théron.

Pour la mine de Cénomes la visite part des installations les plus récentes qui datent de 1841. La famille Nouguier mène la production fromagère de sa cave bâtarde commercialisée sous la marque C Nouguier jusqu’en 1908.

Puis nous avons emprunté les 120 m de travers-banc que les Cisterciens de Sylvanes ont fait creuser pour exploiter plus facilement les mines antiques dont l’accès ne se faisait jusqu’alors que par des puits.

Au bout de quelques minutes de marche on arrive aux sites d’extraction proprement dit et les boyaux et les galeries creusées dès le premier siècle avant JC portent encore la trace de cuivre gris.

Dans les années 70 avant notre ère c’est là que Rome va trouver les métaux précieux nécessaires pour financer son effort de guerre en Espagne d’où ils ne proviennent plus. Armés de pics et de pointerolles les hommes se mettent à extraire l’argent et le cuivre qui se trouvent piégés dans des amas et non des filons. Des entrepreneurs italiens venus sur place s’occupent du négoce pour Rome.

L’exploitation prendra fin dans les années 30 de notre ère face à la montée en puissance de la production d’argent située dans d’autres parties de l’empire romain, jusqu’à la réouverture de la mine par les cisterciens.