Café débat à Villefranche de Rouergue le 12 mars 2018 à l’invitation de l’Université des Savoirs Partagés

Autour de l’abbaye de Loc Dieu

Marie Hélène de Montalivet a exposé la fondation de Loc Dieu en remettant dans le contexte historique l’arrivée à l’Ouest du Rouergue de 12 moines venant de Dalon et leur installation en 1123 dans le «  lieu du diable ». Malgré des débuts difficiles, dus en outre à l’installation concurrente de l’abbaye de Beaulieu sur un territoire voisin en 1144, l’église sera achevée en 1189 grâce à l’aide financière, fraternelle, mais néanmoins intéressée de Bonneval.

Catherine Cazelles nous a parlé de l’abbé Claude Fleury, abbé de cour proche de Louis XIV qui vécu à Versailles mais qui reçu en 1685 du roi le bénéfice de l’abbaye de Loc Dieu qu’il gardera jusqu’en 1706. En abbé commendataire consciencieux il fait un voyage de 11 mois en Rouergue et en Languedoc pour prendre connaissance de son bien. Le cahier de comptes de Claude Fleury nous renseigne sur les préoccupations d’un abbé qui par ses fonctions à Versailles était très proche du Roi soleil.

Nicolas Revel nous a emmenés à la recherche du manuscrit du moine Nofoldus, cité par l’abbé Lafon dans ses cahiers sur Loc Dieu. Les recherches menées auprès de la grande bibliothèque de Troyes, aux Archives de L’Aveyron , les conseils que nous avons reçus des spécialistes familiers des catalogues de manuscrits ne nous ont pas permis d’aboutir. La question de l’existence de ce manuscrit reste posée …

 

De nombreux échanges ont suivi cette sympathique réunion à l’initiative de nos amis de l’Universités des Savoirs Partagés de Villefranche de Rouergue .

La Grange monastique de Lioujas et l’abbaye de Nonenque

Grange de Lioujas porte d’entrée Photo CeR
Grange de Lioujas. La cour Photo CeR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est devant la porte de la Grange de Lioujas que nous avions rendez-vous le dimanche 11 mars 2018 avec nos amis du Patrimoine Bâti de la Loubiére qui nous accueillaient sur leur terre pour nous faire découvrir leur riche patrimoine en relation avec l’abbaye de Nonenque.

Bruno Ginisty, historien, chercheur, passionné et communicant inépuisable a assuré les visites, répondu aux nombreuses questions et terminé la journée par une conférence passionnante nous le remercions chaleureusement et nous félicitons de la collaboration de nos deux associations.

Les propriétaires de la Grange de Lioujas en avait aimablement autorisé l’accès à Cisterciens en Rouergue ce qui a constitué pour beaucoup une découverte et une introduction aux visites prochaines des granges de Nonenque avec leur cour pavée entourées d’arcades.

En 1168, Hugues comte de Rodez donne à sa mère Emmengarde tous ses droits sur Lioujas. La comtesse possèdait déjà Cayssac . Elle se retire en 1170 au couvent de Nonenque en lui apportant Lioujas, qui est resté une grange de Nonenque jusqu’à la Révolution.

A l’occasion des guerres de religions  le Rouergue se protège. La grange est fortifiée et la tour construite en 1527. La porte était protégée par un ravelin. L’abbesse de Nonenque qui était seigneuresse et prieuresse de Cayssac , possédait à Rodez une maison. Elle accueille à la Grange de Lioujas  le 22 juillet 1533 le légat du pape puis le 23 juillet 1533 le roi François 1er. Le domaine couvrait plus de 350 hectares et possédait 6 paires de bœufs (1673).

A Cayssac  Mme Palisson, présidente, nous a fait  entrevoir l’ampleur du travail effectué par l’association de Valorisation du Patrimoine bâti de la Loubière qui est au chevet de l’église Saint Pierre aux liens depuis plus de dix ans.

Un numéro de Sauvegarde du Rouergue L’église de Saint Pierre aux liens de Cayssac  N° 101 extrêmement  bien documenté vous apportera tous les renseignements souhaités sur la petite église et l’adorable fontaine romane dont il faut admirer la clef de voute.

La visite s’est poursuivie à Ortholes dont la tour (propriété de la commune) a été construite en 1562 par le seigneur d’Ortholes pour protéger le logis seigneurial existant. La petite seigneurie d’Ortholes comptait deux paires de bœuf. La tour garde  de beaux témoignages de la période de son rôle défensif : bouches à feux, pont – levis, escalier à vis défensif, terrasse au dernier étage pour surveiller les alentours, grilles aux fenêtres à meneaux. Le cadran solaire sur la facade date de 1587 et  c’est  l’un des plus anciens du Rouergue. En 1868 le premier étage  a servi d’église.

 

A 17 h30 une centaine de personnes ont assisté à la conférence : « La Grange de Lioujas et l’abbaye de Nonenque histoires croisées »que donnait  Bruno Ginisty qui à l’aide d’un beaux diaporama et d’une description de ses nombreuses recherches a illustré les visites dont Cisterciens en Rouergue avaient bénéficiées en début d’après-midi.

Cette soirée de dimanche s’est terminée autour d’un pot de l’amitié offert par nos deux associations. Merci à nos adhérentes pâtissières.

Bientôt notre découverte des granges de Nonenque va se poursuivre  et nous vous convions donc à de nouvelles aventures un peu plus loin de Rodez…

 

 

 

Résumé des conférences données par Cisterciens en Rouergue en Février 2018

900 ans d’histoire. La fondation de l’ordre cistercien au XIIème siècle. Les cisterciens leur organisation. Les cisterciens en Rouergue.

 

Rares sont les entreprises humaines qui peuvent se prévaloir de neuf siècle d’existence. C’est pourtant le cas de l’Ordre cistercien, expérience initiée en 1098 dans la solitude des bois par Robert de Molesme.

Après des temps difficiles grâce à la forte personnalité et au charisme de ses abbés l’ordre éclot partout et six abbayes cisterciennes dont la présence va durablement marquer le territoire, vont voir le jour en Rouergue au cours du XIIème siècle.

 

A la fin du XIème siècle la Règle bénédictine, rédigée par Saint Benoit en 490, était appliquée partout selon le mode élaboré à Cluny qui privilégiait l’office divin au détriment du travail manuel. La richesse de Cluny repoussait tous ceux qui aspiraient aux  vraies valeurs de la chrétienté et qui recherchaient dans l’érémitisme le retour à une vie  pauvre et retirée du monde.

Robert fidèle à son idéal abandonnera Molesme qu’il avait créé en 1098 mais qui était devenue riche pour fonder « un nouveau monastère » à Cîteaux dans un dénuement total.

Etienne Harding, le troisième abbé en est le législateur, c’est sous son abbatiat que l’ordre cistercien s’organise et que le nouveau monastère prend le nom de Cîteaux. Il donne des règles à ce nouvel ordre monastique, établit la Chartre de Charité qui régit les relations entre les différentes abbayes les unes par rapport aux autres et institue l’obligation pour les abbés d’assister chaque année au Chapitre général qui se tiendra à Cîteaux.

Bernard de Clairvaux, qui rentre comme moine à Cîteaux en 1112 entrainant avec lui 30 compagnons donne une impulsion décisive à l’ordre des moines blancs. Elu abbé de Clairvaux jusqu’à sa mort en 1153 il sera un personnage incontournable du siècle, un conseiller des puissants qui va faire de son ordre le plus considéré  de la chrétienté.

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Les abbayes cisterciennes sont organisées autour du cloitre. Celui-ci est appuyé à l’abbatiale par son aile nord appelée de la Collation. L’aile est comporte sacristie, salle du chapitre, scriptorium et dortoir des moines au-dessus. Le côté sud comporte réfectoires et cuisines et le côté ouest est réservé aux convers (cellier, salle des convers et dortoir au-dessus) ; une ruelle donne directement au fonds de l’abbatiale, permettant d’y accéder sans passer par le cloître.

La principale caractéristique des abbayes cisterciennes primitives est leur austérité, la règle interdisant les décors, peintures et autres ornements trop riches ; l’église ne comporte pas de clocher, interdit par la règle. Ces caractéristiques disparaissent rapidement dès le XIIIe siècle, s’adaptant aux diverses modes.

Les cisterciens excluent tout profit issu du travail de serfs ou de paysans dépendants, ils insistent sur la valeur spirituelle du travail manuel, qui est une manière de glorifier Dieu. Le fonctionnement économique des monastères cisterciens repose sur la possession d’un patrimoine foncier dont l’exploitation est assurée en faire valoir direct. Les nombreuses donations permettent de créer des exploitations agricoles autonomes, les granges, vastes domaines ruraux, généralement peu éloignés des abbayes. Le travail sur ces domaines est habituellement effectué par des convers, religieux dispensés des nombreux offices et déliés de la clôture. Ces convers, de plus en plus rares seront ensuite remplacés par des donats, laïcs attachés à l’abbaye. Dès la fin du moyen-âge, les granges sont concédées à des fermiers qui les exploitent directement ou par des salariés. La Révolution Française va disperser les biens des abbayes, la plupart des granges devenant de grandes exploitations rurales.

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Six abbayes cisterciennes sont fondées durant le XIIème siècle en Rouergue[1] :

A l’ouest l’abbaye de Loc Dieu fondée par des moines venant de Dalon en 1124 et qui intégrera l’ordre cistercien en 1162 et l’abbaye de Beaulieu fondée en 1144 immédiatement cistercienne car étant une fille directe de Clairvaux[2]. Toutes les granges du domaine rural de Beaulieu n’ont pas pu être identifiées  (Argilario, Sonjournet…)

Au sud L’abbaye de Sylvanes fondée par Pons de Léras, noble un peu brigand en guise de repentir et qui rejoint l’ordre cistercien en 1136 avec comme abbaye mère Mazan (Vivarais). L’abbaye de Nonenque est un monastère de femme fondé en 1146 et affilié à Bellecombe (Velay) en premier puis à Sylvanes ensuite. Les granges de ces abbayes couvrent tout le sud Aveyron, atteignant Albigeois et Languedoc.  Sylvanès exploite de nombreuses mines d’argent.

Au nord c’est Guillaume de Calmont , évêque de Cahors qui fonde l’abbaye de Bonneval en 1147, c’est aussi une abbaye fille de Mazan. Elle constitue d’importantes granges, fortifiées au XVe siècle (Galinières, Séveyrac, Masse, La Vayssière..) qui représentent toutes une richesse exceptionnelle pour le département.

Au centre en 1167 le comte de Toulouse Raymond V et l’évêque de Rodez Hugues fonde l’abbaye de Bonnecombe affiliée à l’abbaye de Candeil (Tarn). Ses nombreuses granges (Is, Ruffepeyre, Vareilles, Lafon, Moncan, Bonnefon) sont fortifiées.

 

[1] En 1808 le Canton de Saint Antonin Noble Val qui faisait partie du Rouergue a été rattaché au département du Lot et Garonne

[2] Bernard de Clairvaux serait venu à Beaulieu au cours de son voyage en Languedoc en 1145…