Résumé des conférences données par Cisterciens en Rouergue en Février 2018

900 ans d’histoire. La fondation de l’ordre cistercien au XIIème siècle. Les cisterciens leur organisation. Les cisterciens en Rouergue.

 

Rares sont les entreprises humaines qui peuvent se prévaloir de neuf siècle d’existence. C’est pourtant le cas de l’Ordre cistercien, expérience initiée en 1098 dans la solitude des bois par Robert de Molesme.

Après des temps difficiles grâce à la forte personnalité et au charisme de ses abbés l’ordre éclot partout et six abbayes cisterciennes dont la présence va durablement marquer le territoire, vont voir le jour en Rouergue au cours du XIIème siècle.

 

A la fin du XIème siècle la Règle bénédictine, rédigée par Saint Benoit en 490, était appliquée partout selon le mode élaboré à Cluny qui privilégiait l’office divin au détriment du travail manuel. La richesse de Cluny repoussait tous ceux qui aspiraient aux  vraies valeurs de la chrétienté et qui recherchaient dans l’érémitisme le retour à une vie  pauvre et retirée du monde.

Robert fidèle à son idéal abandonnera Molesme qu’il avait créé en 1098 mais qui était devenue riche pour fonder « un nouveau monastère » à Cîteaux dans un dénuement total.

Etienne Harding, le troisième abbé en est le législateur, c’est sous son abbatiat que l’ordre cistercien s’organise et que le nouveau monastère prend le nom de Cîteaux. Il donne des règles à ce nouvel ordre monastique, établit la Chartre de Charité qui régit les relations entre les différentes abbayes les unes par rapport aux autres et institue l’obligation pour les abbés d’assister chaque année au Chapitre général qui se tiendra à Cîteaux.

Bernard de Clairvaux, qui rentre comme moine à Cîteaux en 1112 entrainant avec lui 30 compagnons donne une impulsion décisive à l’ordre des moines blancs. Elu abbé de Clairvaux jusqu’à sa mort en 1153 il sera un personnage incontournable du siècle, un conseiller des puissants qui va faire de son ordre le plus considéré  de la chrétienté.

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Les abbayes cisterciennes sont organisées autour du cloitre. Celui-ci est appuyé à l’abbatiale par son aile nord appelée de la Collation. L’aile est comporte sacristie, salle du chapitre, scriptorium et dortoir des moines au-dessus. Le côté sud comporte réfectoires et cuisines et le côté ouest est réservé aux convers (cellier, salle des convers et dortoir au-dessus) ; une ruelle donne directement au fonds de l’abbatiale, permettant d’y accéder sans passer par le cloître.

La principale caractéristique des abbayes cisterciennes primitives est leur austérité, la règle interdisant les décors, peintures et autres ornements trop riches ; l’église ne comporte pas de clocher, interdit par la règle. Ces caractéristiques disparaissent rapidement dès le XIIIe siècle, s’adaptant aux diverses modes.

Les cisterciens excluent tout profit issu du travail de serfs ou de paysans dépendants, ils insistent sur la valeur spirituelle du travail manuel, qui est une manière de glorifier Dieu. Le fonctionnement économique des monastères cisterciens repose sur la possession d’un patrimoine foncier dont l’exploitation est assurée en faire valoir direct. Les nombreuses donations permettent de créer des exploitations agricoles autonomes, les granges, vastes domaines ruraux, généralement peu éloignés des abbayes. Le travail sur ces domaines est habituellement effectué par des convers, religieux dispensés des nombreux offices et déliés de la clôture. Ces convers, de plus en plus rares seront ensuite remplacés par des donats, laïcs attachés à l’abbaye. Dès la fin du moyen-âge, les granges sont concédées à des fermiers qui les exploitent directement ou par des salariés. La Révolution Française va disperser les biens des abbayes, la plupart des granges devenant de grandes exploitations rurales.

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Six abbayes cisterciennes sont fondées durant le XIIème siècle en Rouergue[1] :

A l’ouest l’abbaye de Loc Dieu fondée par des moines venant de Dalon en 1124 et qui intégrera l’ordre cistercien en 1162 et l’abbaye de Beaulieu fondée en 1144 immédiatement cistercienne car étant une fille directe de Clairvaux[2]. Toutes les granges du domaine rural de Beaulieu n’ont pas pu être identifiées  (Argilario, Sonjournet…)

Au sud L’abbaye de Sylvanes fondée par Pons de Léras, noble un peu brigand en guise de repentir et qui rejoint l’ordre cistercien en 1136 avec comme abbaye mère Mazan (Vivarais). L’abbaye de Nonenque est un monastère de femme fondé en 1146 et affilié à Bellecombe (Velay) en premier puis à Sylvanes ensuite. Les granges de ces abbayes couvrent tout le sud Aveyron, atteignant Albigeois et Languedoc.  Sylvanès exploite de nombreuses mines d’argent.

Au nord c’est Guillaume de Calmont , évêque de Cahors qui fonde l’abbaye de Bonneval en 1147, c’est aussi une abbaye fille de Mazan. Elle constitue d’importantes granges, fortifiées au XVe siècle (Galinières, Séveyrac, Masse, La Vayssière..) qui représentent toutes une richesse exceptionnelle pour le département.

Au centre en 1167 le comte de Toulouse Raymond V et l’évêque de Rodez Hugues fonde l’abbaye de Bonnecombe affiliée à l’abbaye de Candeil (Tarn). Ses nombreuses granges (Is, Ruffepeyre, Vareilles, Lafon, Moncan, Bonnefon) sont fortifiées.

 

[1] En 1808 le Canton de Saint Antonin Noble Val qui faisait partie du Rouergue a été rattaché au département du Lot et Garonne

[2] Bernard de Clairvaux serait venu à Beaulieu au cours de son voyage en Languedoc en 1145…

L’épiphanie à Bonneval 6 Janvier 2018

Comme l’année dernière, nous avons eu la joie d’être reçu nombreux à Bonneval, en cette date d’Epiphanie, pour partager un moment de spiritualité et de convivialité.

Après l’office de None, sœur Anne-Claire, avec simplicité et pédagogie, a poursuivi son exposé sur les textes fondateurs de l’Ordre et sur la règle de saint Benoît. Précise, érudite, mais toujours accessible, elle a su captiver l’auditoire et susciter un dialogue fécond.

Ensuite, la communauté de Bonneval  et les membres de Cisterciens en Rouergue ont partagé chocolats, boissons et galettes dans un moment d’échanges chaleureux.

Alors que les vêpres sonnaient, nous nous sommes quittés plein de courage pour l’année à venir et dans l’espérance de renouveler cet agréable moment en 2019.

Chemin des moines de Bonnefon (Naucelle-Aveyron) à Bar (Moulares -Tarn)

 

Nous étions une vingtaine ce samedi matin au pied de la tour de Bonnefon (Naucelle)dans l’Aveyron,  au départ de notre randonnée dont le but était de rejoindre la grange de Bar (Moulares) dans le Tarn.

Nous voulions ainsi reprendre symboliquement le chemin empreinté par les moines dès le XIIIème siècle entre deux granges de l’abbaye de Bonnecombe.

L’équipe des chemins de Cisterciens en Rouergue avait été plusieurs fois sur les lieux pour des repérages : Jean Verdier avait noté les passages possibles et était le scientifique, le GPS de l’équipe ; Christian Prat natif de Tanus nous a été indispensable pour donner les explications du côté Tarn ; Michèle Prat chargée de fermer la marche a fait son travail si consciencieusement que nous n’avons perdu personne…Claude Cazelles en homme de l’art a maitrisé les troupeaux qui nous barraient le chemin ; pour ma part j’ai veillé à ce que l’on s’éloigne le moins possible du chemin historique.

Nous avons eu le plaisir de marcher et de discuter avec nos nombreux amis naucellois toujours partant : Pierre et Mme Cluzel, Léo Savy, Jean Marie Malgouyres, président d’honneur de la fédération française de randonnée pédestre auteur de nombreux topoguides sur les chemins.

Le soleil nous a accompagné le matin jusqu’au vieux pont de Tanus. La première partie de l’itinéraire jusqu’au Rozier était parallèle à l’ancien chemin dont le tracé a été repris par la N88. A partir de la côte de Tanus nous n’avons plus quitté l’ancien chemin.

Une toute petite pluie nous a fait expédier la fin du pique nique que nous avons partagé sur le site de Tanus vieux (de Bonnefon à Tanus vieux 11,7 km).

Pour les 6,4 km qui nous restaient à parcourir l’après midi  nous avons pu fermer les parapluies….

Nous avons eu à Bar un accueil très chaleureux digne de l’idée que l’on se fait de l’hospitalité monastique. Guy et Christiane Bousquet habitant du hameau de Bar, nous  ont ouvert leur grange où nous avons partagé le goûter qu’ils nous ont offert.

Marinette Viala amie marcheuse du groupe d’Auriac Lagast (dirigé par Lucien Pages) avait aussi pensé à tous en apportant de délicieuses friandises faites maison et les bouteilles qui allaient avec.

Nous allons rester quelques temps à Bar pour nous reposer,  puis nous reprendrons notre chemin en direction de Bernac avec nos amis du Tarn…

Merci à tous de nous avoir aidés, de nous avoir fait confiance et d’avoir vaillamment ignoré les prévisions météo catastrophiques.

 

Photos supplémentaires sur le site de Naucelle : http://www.naucelle.com/aff-lire.php?rub=arts-et-culture&art=120

Visite à Valmagne le 30 septembre 2017

 

Abbaye de Valmagne Photo CeR
Lavabo de l’Abbaye de Valmagne Photo CeR

 

 

 

 

 

 

 

 

La commune d’Onet le Château avait aimablement mis à notre disposition deux petits minibus pour cette sortie dans l’Hérault.

Nous sommes partis d’Is à 7 h30 et sommes arrivés à 10 h à Valmagne où un bon groupe arrivé avant nous, nous attendait.

A l’heure de la visite faite par une guide de l’abbaye, 38 « Cisterciens en Rouergue »étaient auprès du grand bassin, qui était le vivier des moines.

L’église abbatiale est précédée d’un narthex, sorte de vestibule où l’on recevait les catéchumènes considérés comme impurs qui ne pénétraient pas à l’intérieur du sanctuaire,

Les chapiteaux et culots ornés sont en contradiction avec la règle cistercienne.

L’église de 83 m de long, 30 m de haut dans le transept construite au XIIIème siècle surprend par la présence des énormes foudres mis en place après la Révolution par son acquéreur  qui transforme l’église en cave de vieillissement du vin ce qui la sauvera de la destruction.

Durement éprouvée durant les guerres de religion les vitraux ont disparu et de nombreuses baies sont murées.

Les croisées d’ogives sont ornées de remarquables clefs de voûte décorées et colorées.

Les piliers en amande donnent une grande élégance au chevet.

La chapelle du chevet est ornée d’une belle vierge du XVIIème mutilée pendant la Révolution. Des petits fragments de vitraux ont été récupérés et figurent dans une composition moderne.

Le cloitre a été  reconstruit en partie au XIVème siècle. L’armarium, la sacristie et la salle capitulaire sont du XIIème. Sans pilier intérieur la salle capitulaire est ornée d’une voute d’arrête surbaissée d’une seule portée. Les  beaux vases du cardinal de Bonzi sont placés sous les élégantes arcades de la salle capitulaire. Certaines colonnettes séparant ces arcades sont en marbre probablement trouvées sur l’emplacement de la villa gallo romaine antérieurement présente sur le site. Les chapiteaux y sont ornés de feuillage.

Le lavabo, face à l’entrée du réfectoire est avec celui de l’abbaye du Thoronet le seul conservé dans son intégrité en France. La clôture octogonale composée de colonnettes jumelées taillées dans un même bloc provient du cloitre primitif. Dans les deux vasques s’écoule une eau très pure. L’endroit charmant inspire à la méditation.

Cisterciens en Rouergue à Valmagne Photo Michel David

La matinée s’est terminée dans le réfectoire des moines restauré à la fin du XIXème où ont eu lieu les interventions de nos conférenciers.

Bernard Lechelon spécialiste des mines de Sylvanes a exposé les relations étroites entre Sylvanes et Valmagne : géographiques, économiques et d’amitié entre les abbés.

Henri Barthes paléographe, spécialiste des textes latins et romans a consacré une dizaine d’année à transcrire le magnifique cartulaire de Valmagne maintenant déposé aux archives départementales de l’Hérault.

Henri Barthes dont le  travail est en cours d’édition par l’université de Toulouse le Mirail a remis à Mme Diane de Gaudart d’Allaines le premier exemplaire de son travail.

Nous avons été accueillis pour le déjeuner à la Ferme Auberge, restaurant vigneron  de l’Abbaye de Valmagne tenue par Laurence et Philippe d’Allaines, où nous avons pu apprécier les produits bio du domaine : légumes et vin.

C’est sous la pluie qu’à 15 h nous avons pris la direction de Laurens  où nous attendait Cédric Guy propriétaire de la cave Silva Plana et des terres de l’ancienne grange cistercienne de Sylvanes : Sauvanes.

Heureusement la pluie ayant cessé nous avons pu aller sur le site, émouvant,  des ruines de Sauvanes , à travers les vignes.

Henri Barthes, qui nous avait gentiment rejoint nous a expliqué la constitution du domaine de Sauvanes .La grange est fondée en 1139 sur une terre offerte par le seigneur Ermengaud de Fouzillon mais Pons de Léras possédait déjà des terres près de Laurens.

C’est autour de Cédric Guy, vigneron passionné, dans sa cave et autour d’une dégustation de ses produits que notre périple languedocien s’est terminé.

 

 

Nous remercions tous les participants à cette journée.

Merci à toute la famille d’Allaines pour leur chaleureux accueil à Valmagne. Et félicitations pour leur travail au chevet de l’abbaye.

Merci à Bernard Lechelon et à Henri Barthes pour leurs passionnantes communications.

 

Le vin et la vigne à Bougaunes, grange viticole de Bonnecombe, le 4 août 2017

 

Georgette et Gilbert Mestre ont accueilli à Bougaunes pour cette belle fin d’après midi d’été 30 amis.

Gilbert nous a fait découvrir ses vignes et l’histoire du vallon et de ses habitants avec la verve, les grandes connaissances et la passion qu’on lui reconnait. La promenade s’est terminée bien sur par la visite des remarquables caves utilisées par les cisterciens.

Les courtes communications ont eu lieu dans la salle à manger des vendangeurs.

Catherine Cazelles, Marie Hélène De Montalivet, Thomas Poiraud, Nicolas Revel  ont évoqué les domaines viticoles des différentes abbayes cisterciennes du Rouergue après avoir rappelé les recommandations de Saint Benoit et de Saint Bernard (qui sont loin d’avoir été suivies à la lettre) en ce qui concerne la consommation de vin.

C’est sur la terrasse que nous avons partagé les provisions que chacun avait apportées. Gilbert a pris soin de bien arroser le repas  du début jusqu’à la fin avec les échaudés au vin fait maison.

Merci Georgette et Gilbert de nous avoir reçu pour cette soirée d’étude et de convivialité.

Nous continuerons sur le thème du vin et de la vigne car notre prochaine rencontre sera à Valmagne le 30 septembre 2017.

Dans le vignoble de Marcillac Photo CeR

 

« La Fondation de l’abbaye cistercienne de Silvanès et les enjeux languedociens, 1° tiers du XII°s. » Alain Douzou

Résumé de la communication faite par Alain Douzou lors de nos journées d’étude de Sylvanes les 29 et 30 avril 2017:

 

La Chronique rédigée vers 1161-1173 par le moine Hugues Francigena plus de quarante ans après la conversion de Pons de Léras le fondateur, petit seigneur du lodévois auteur de rapines et de violences, a surtout pour but d’édifier. L’abbaye officiellement consacrée en 1136 (après une longue période d’érémitisme) dès lors prospère connaît des désertions, la rigueur de la règle est discutée ; l’objectif du rédacteur agissant à la demande de Pons le nouvel abbé, est hagiographique insistant davantage sur les similitudes entre la démarche de Pons et celle de St Bernard son contemporain, que sur le contexte du temps de sa conversion vers 1117.

Pourtant les enjeux politico- religieux voire économiques jouent un rôle majeur !

Le rôle du milieu lodévois où se déroulent la pénitence et la restitution-donation de tous les biens de Pons est essentiel. Cité épiscopale, siège de vicomté, centre d’échanges la ville dépend du Comte de Rodez et partiellement, des pouvoirs temporels concurrents de l’évêque. Pons de Léras dont le château contrôle l’un des accès au Larzac sur lequel il prélève péage est aussi décrit paradoxalement comme « riche, estimé et puissant dans sa ville ». On apprend plus tard l’amitié que lui porte le Comte Richard. Il est en réalité un de ses proches. Dans le bras de fer qui oppose tout au long du XII° siècle les deux pouvoirs et dont l’épiscopat sortira vainqueur, la pénitence publique de Pons accompagnée de mortification et d’humiliation, marques de la sincérité de son repentir, traduit en réalité sa nouvelle allégeance à l’église et au successeur de St Fulcran.

Désormais l’appui de l’épiscopat lodévois accompagnera « l’aventure spirituelle » de Pons même si le choix de l’implantation de la communauté des ermites – au départ de petits nobles et clercs du lodévois, se fait dans le sud Rouergue relevant de l’évêque de Rodez (qui apporte en la personne d’Adhémar un soutien actif) dans une zone dépendant des Trencavel vicomtes d’Albi-Béziers).

La riche famille des Aitbrand très liée à l’épiscopat lodévois (et aux Guilhem de Montpellier) apportera comme d’autres lodévois des moyens financiers lors de l’édification des deux monastères successifs, en même temps que les liens religieux restent étroits, correspondance épistolaire et abbé de St Sauveur de Lodève en déplacement à Silvanès assurant le relais.

Un bienfaiteur « invisible » tient une place essentielle, Guilhem VI de Montpellier (dont l’origine familiale se situe dans la haute vallée de l’Hérault au contact du lodévois). Proche des papes – dont dépend directement l’évêché de Maguelonne, et des cisterciens chez qui il se retire en 1149, combattant actif en Terre Sainte d’où il a ramené des sommes importantes, il s’avèrera pour les religieux de Silvanès un protecteur discret et constant. Outre les 200 marcs d’argent fin qu’il envoie « d’au-delà des mers » on le retrouve discrètement comme témoin dans des actes d’importance ou comme donateur d’un espace à bâtir aux portes de Montpellier en 1161. Le transfert de l’argent retiré des mines exploitées par Silvanès vers les ateliers monétaires de Melgueil (aux mains des Guilhem depuis 1128-30) renforcent cette proximité tout comme les flux d’échanges vers Montpellier où les cisterciens sont exemptés de leude et de péage.

Restent à évoquer l’action discrète des vicomtes Trencavel. Guère présents à l’origine de la fondation cistercienne, ils appuient pourtant celle-ci par le biais des familles locales sous leur dépendance, les seigneurs du Pont de Camarès, de Brusque-St Caprazy, de Prohencoux ou Murasson. Ce sont ces lignages et d’autres qui relèvent du Comte de Rodez (les Caylus, les Cornus, les Luzençon) qui assurent l’essentiel des donations en terres et en droits amenant à la constitution d’un vaste domaine autour du monastère et de huit granges. En 1173 Roger II libère l’abbaye de toute subordination seigneuriale lui conférant un véritable statut de seigneurie.

Silvanès est donc une création essentiellement languedocienne, ce que renforceront les flux commerciaux orientés vers Narbonne et Montpellier, ce que traduira aussi l’architecture de l’abbatiale. Intégrée en 1136 dans l’ordre de Citeaux (sous la tutelle de Mazan, fille de Bonnevaux, petite fille de Citeaux) en dehors de toute présence honorifique la communauté réunie autour de Pons n’en bénéficiait pas moins d’un contexte politico-religieux des plus favorables.

 

Bibliographie :

  • Douzou Alain, Cisterciens et société laïque dans le Camarès au XII° siècle, DES Université Paul-Valéry Montpellier, 1972
  • Bourgeois Ginette, Douzou Alain, Une Aventure spirituelle dans le Rouergue méridional au Moyen-Âge, Ermites et cisterciens à Silvanès (1120-1477) – Cerf, Paris 1999
  • Douzou Alain, Echanges et relations commerciales entre Rouergue et Bas-Languedoc au XII° siècle – Annales du Midi, n° 283 Juillet-Septembre 2013, p. 341-369
  • Douzou Alain, L’organisation d’un domaine cistercien, Silvanès et ses granges au XII° siècle, in Les granges cisterciennes du Rouergue, l’âge d’or, 1123-1347, Sauvegarde du Rouergue n°114, 2014
  •  Vidal Henri, « La « vie » de Saint Fulcran et le triomphe de l’épiscopatus lodévois au XIIème siècle » Annales du Midi, 1965,p.7-20.

 

La transhumance le 28 Mai 2017

La transhumance mai 2017 Photo CeR

Dimanche 28 Mai 2017 les  troupeaux enrubannés, décorés de houx, fleurs de genêt, cloches et sonnailles ont quitté la chaleur de l’étable familière pour après avoir parcouru de 15 à 60 km à la vitesse de 3 à 5 km/h gagner la place d’Aubrac puis l’estive du plateau. Un petit groupe d’adhérents avait rendez-vous à Seveyrac (Bozouls) chez Jean Yves Rieucau pour ce départ de la transhumance.

La journée s’annonçant très belle et très chaude, Jean Yves nous avait prévenu que le troupeau partirai le plus tôt possible en effet c’est à 4 h 30 que le départ a été donné.

La fraicheur du matin était propice a la marche et les bêtes sont allés bon train avec des passages magnifiques qui comme chaque fois enchantent les marcheurs photographes.

A 9 h 30 les bêtes ont pu boire dans les abreuvoirs sur la place de Saint Côme avant d’attaquer la côte de Salgues redoutée par tous.

Tout le long du chemin des haltes conviviales nous attendaient afin de reprendre des forces.

L’arrivée à Salgues vers 11 h 30 permet au troupeau là aussi de boire car le chemin est encore long jusqu’aux pacages.

Notre petit groupe a pour sa part arrêté là sa balade autour d’un pique nique sous le soleil, après une marche de 26 km  (de Seveyrac à Aubrac il y a 48 km).

Nous remercions Jean Yves et Anne Rieucau qui maintiennent cette tradition et nous permettent  d’y participer de l’intérieur.