Les abbayes cisterciennes du Rouergue

Six abbayes cisterciennes sont fondées dans la province du Rouergue en une quarantaine d’années, de 1123 à 1167, dans une grande période de ferveur religieuse et d’admiration pour la vie monastique. La renommée de sainteté de l’ordre cistercien se répand alors en France. Les évêques de Rodez encouragent l’implantation de l’ordre cistercien dans leur diocèse pour faire un rempart aux doctrines hérétiques qui circulent alors en Languedoc. Par de nombreuses donations,  les grands seigneurs du Rouergue ont accompagné l’installation de ces six abbayes.

LOC DIEU (1123)

L’ordre fondé par Géraud de Sales jouissait au début du XIIe siècle d’un grand prestige. Les abbayes qu’il avait fondées, Cadouin (en Périgord) et Dalon (en Limousin), suivaient la règle bénédictine. Dalon, fondée en 1114, voulant créer une abbaye-fille, envoie un groupe de moines qui s’arrête à la jonction des diocèses de Cahors et de Rodez, au Puech d’Elves, lieu fréquenté par les brigands. Les seigneurs locaux font don de ces terres de peu de valeur aux moines. Adhémar, l’évêque de Rodez, (début du XIIe siècle-1144), accueille très favorablement cette nouvelle communauté dans son diocèse. Guillaume, prieur de la communauté, s’installe dans le lieu où sera bâtie l’abbaye de Loc-Dieu (1123).
En 1162, l’ordre cistercien a pris le dessus sur la plupart des ordres qui l’avaient devancé et les abbayes fondées par Géraud de Sales, dont Loc Dieu, choisissent de s’affilier à l’ordre cistercien en choisissant Pontigny comme abbaye-mère.

SYLVANES (1132)

Pons de Léras, seigneur du Lodévois dont le château contrôlait le Pas de l’Escalette, était un chevalier brigand. Après s’être repenti, il part en pèlerinage pendant une douzaine d’années. A son retour, il fait le choix du monachisme et fonde avec quelques compagnons le petit ermitage de Sainte-Marie, au mas Théron, non loin de Sylvanès, dans une vallée isolée où coule le Cabot.

Afin d’acquérir une légitimité, Pons de Léras songe à affilier sa création à Cîteaux. En 1136 son monastère est rattaché à l’ordre cistercien par l’intermédiaire de Mazan en Vivarais.

NONENQUE (1146)

Le petit ermitage fondé par Pons de Léras, qui deviendra Sylvanès, hébergeait une communauté mixte. L’affiliation à l’ordre cistercien était conditionnée à la création d’un prieuré de femmes indépendant. Guiraud, troisième abbé de Sylvanès, ayant reçu en propre des biens jugés trop éloignés de Sylvanès, les transfère aux religieuses en 1146.

Des moniales de Bellecombe en Vivarais, abbaye de femmes créée par Mazan, seront les premières prieures de la nouvelle fondation. Nonenque sera élevée au rang d’abbaye en 1232. Sylvanès restera son abbaye-mère.

BEAULIEU (1144)

Adhémar, l’évêque de Rodez, après avoir soutenu la fondation de Sylvanès,  initie  dans son diocèse, une deuxième création cistercienne sur des terres cédées par Archambaud de Valette. Adhémar demande à Bernard, l’abbé de Clairvaux, venu prêcher en Languedoc, d’envoyer en Rouergue une communauté de moines. Ainsi Beaulieu (Belloc), créée en 1144, est une abbaye de la filiation directe de Clairvaux.

BONNEVAL (1147)

L’abbaye de Bonneval doit l’initiative de sa fondation à Guillaume, évêque de Cahors, de la famille des Calmont-d’Olt. Ayant échappé miraculeusement à une noyade dans le Lot, il fait le vœu de fonder un monastère. Quelques temps plus tard, à sa demande, l’abbaye de Mazan  envoie sept  moines sous la conduite de leur prieur Adhémar.  Ils s’installent à la métairie de Pussac. L’abbaye de Bonneval sera implantée à quelques kilomètres de là, dans la solitude des gorges de La Boralde, en 1147.

BONNECOMBE (1167)

Raimond V, comte de Toulouse, protecteur de Candeil (abbaye du Tarn, près d’Albi) et Hugues 1er, évêque de Rodez (frère d’Hugues, comte de Rodez), vont porter une nouvelle fondation cistercienne rouergate sur les fonds baptismaux.

A la demande de l’évêque de Rodez, l’abbaye de Candeil, qui avait été fondée en 1152 par Grandselve, fille de Clairvaux, envoie en Rouergue douze religieux accompagnés de leur prieur Matfred. Le 3 janvier 1167 Gausbert, abbé de Candeil, consacre la nouvelle abbaye.

Jusqu’à la moitié de XIIIe  siècle, les domaines monastiques ont été constitués essentiellement par des donations, ensuite une politique visionnaire  d’achat et de regroupement de terres va permettre la création de grands domaines agricoles, les granges, qui vont produire de quoi assurer la vie des communautés cisterciennes et  les services d’accueil  et d’aumône prescrits par la Règle de saint Benoit. Ainsi va se dessiner le paysage cistercien du Rouergue.